摘要
comme laboratoire de l'intersubjectivité BÉATRICE COSTA & TRAUDL HEUPGEN Université de Mons Mettre en scène l'intersubjectivitéLongtemps incompris, aujourd'hui célébré comme une figure majeure du romantisme, Caspar David Friedrich (1774-1840) a vu son œuvre osciller entre oubli et reconnaissance.Dans Na, wegen Friedrich, le spectacle créé dans le cadre des classes d'allemand par les étudiants de deuxième Bachelier de la Faculté de Traduction et d'Interprétation de l'Université de Mons, le passé ressurgit dans une scène teintée d'absurde : deux ouvriersdont la complicité évoque celle de Vladimir et Estragon dans En attendant Godot -peinent à transporter une lourde caisse à travers les couloirs du Palais d'Hiver de Saint-Pétersbourg.À l'intérieur, un trésor : Femme devant coucher de soleil et une lettre du peintre.Ses mots résonnent comme une invitation : voir, sentir, ressentir.Friedrich rêvait son art comme un « Gesamtkunstwerk », une expérience totale où le public devient acteur à part entière.Les étudiants se sont laissé séduire non seulement par l'œuvre de Friedrich, mais aussi par la richesse de sa biographie.Le travail théâtral mené tout au long de l'année académique 2024-2025 a constitué une immersion dans l'univers de l'artiste, qui revendiquait une forme de contemplation active de l'œuvre d'art, engageant à la fois imagination et intellection.Au-delà de l'hommage rendu à Friedrich, ce projet constitue le point de départ d'une réflexion plus large sur les potentialités du théâtre en langue seconde.Loin de se réduire à un simple outil d'acquisition linguistique, un tel théâtre vise avant tout des finalités artistiques, reléguant le développement des compétences langagières à un effet secondaire plutôt qu'à une fin en soi.Il se présente ainsi comme un véritable laboratoire de l'intersubjectivité, entendue non seulement comme une dynamique relationnelle entre les participants, mais aussi comme un cadre méthodologique fertile.Ce cadre s'appuie notamment sur l'analyse conversationnelle, qui permet de saisir, de figer et d'exacerber certaines dynamiques interactionnelles observées dans le discours, offrant ainsi un outil précieux pour leur intégration et leur mise en jeu dans la scénographie.En effet, l'analyse conversationnelle articule dans un même mouvement les notions de subjectivationla construction du sujet dans et par le langageet de performativitéle pouvoir du langage à produire des effets et à transformer les relations.C'est dans cette perspective que nous proposons, à partir de l'expérience scénique menée autour de l'œuvre de Friedrich, d'examiner comment certaines formes interactionnelles révèlent une structure séquentielle sous-jacente à la plupart des échangesune structure déterminante pour la mise en scène de ces interactions.Si la démarche méthodologique qui sous-tendait le travail de mise en scène n'a jamais été présentée aux étudiants comme un cadre formalisé, elle s'est néanmoins appuyée sur des convictions fortes, partagées de manière implicite tout au long du processus créatif.Nourrie par des approches de la recherche-création transposables au domaine de la didactique du théâtre, ainsi que par les théories de