Il est etabli par la recherche que de nombreuses personnes atteintes de schizophrenie presentent un deficit de leurs capacites metacognitives, c’est-a-dire une alteration de leur aptitude a developper une pensee sur leur propre pensee ou sur celle d’autrui. Ces difficultes ont des liens avec les symptomes, mais ne leur sont pas reductibles. Une question pour la recherche contemporaine est de preciser les rapports entre ces deficits et les autres types de deficits cognitifs, ainsi que l’impact de ces differents deficits – cognitifs et metacognitifs – sur les capacites fonctionnelles. Alors que la cognition se degrade pendant la premiere phase de la schizophrenie, la capacite de developper une pensee sur ses propres pensees est-elle parallelement alteree ? En outre, meme s’ils sont lies a des deficits cognitifs, les deficits metacognitifs ont-ils un impact sur le fonctionnement independamment des deficits cognitifs ? Les fonctions metacognitives sont-elles mediatrices de l’impact des deficits cognitifs sur le fonctionnement quotidien ? Pour explorer ces hypotheses, cet article passe en revue des etudes recentes qui ont fait progresser notre comprehension de ces questions, portant sur la metacognition telle qu’elle se manifeste spontanement dans les recits autobiographiques d’adultes presentant des troubles du registre de la schizophrenie. Nous presenterons des resultats montrant que des deficits de la memoire verbale et des fonctions executives peuvent interferer avec la capacite d’elaborer et de garder present a l’esprit une representation de ses propres etats internes aussi bien que de ceux d’autrui. Nous evoquerons ensuite des resultats suggerant que les deficits metacognitifs ont un impact sur l’evolution des capacites fonctionnelles et conditionnent l’impact des deficits cognitifs sur le fonctionnement.