作者
Jérémie Ohanessian,Sophie Martine Prud’homme,Vincent Felten,Élise Billoir
摘要
Les phtalates sont des composés utilisés en tant qu'additifs dans la synthèse des plastiques pour accroître leur flexibilité et leur résistance. On compte parmi eux le phtalate de di-n-butyle (DBP), décrit comme perturbateur endocrinien en mesure d'engendrer des effets reprotoxiques chez des mammifères. Bien que le DBP soit détecté de manière omniprésente dans les milieux dulçaquicoles à des concentrations de l'ordre de la dizaine de ng/L au µg/L, il reste peu étudié en écotoxicologie. À ce jour, les quelques études portant sur des effets du DBP chez la daphnie font l'impasse sur les effets potentiels d'une exposition à de faibles concentrations (< mg/L) et en l'absence de solvant. Nos travaux s'intéressent aux effets chroniques, doses- et temps-dépendants du DBP sur les traits d'histoire de vie (survie, croissance, reproduction) de l'espèce modèle d'eau douce Daphnia magna (Crustacea). Les organismes ont été exposés selon deux fenêtres d'exposition : I) dès le début du développement embryonnaire ou II) au stade adulte à partir de la troisième ponte des individus, lorsque la plupart des investissements énergétiques dans la croissance sont terminés. Notre plan expérimental a inclus neuf concentrations d'exposition : 0, 0.5, 1, 10, 100, 280, 500, 1000 et 2000 µg/L. Les résultats obtenus permettent de mettre en évidence que la fenêtre d'exposition au DBP est un paramètre essentiel dans l'étude des effets du contaminant sur les traits d'histoire de vie (survie, croissance, reproduction). Aucune réponse significative n'a été observée chez les organismes exposés au stade adulte, tandis que des perturbations de la survie, la croissance et la reproduction ont été observés dès 100 µg/L chez les organismes exposés dès le début du développement embryonnaire. Les résultats démontrent également que l'exposition à un gradient de concentration de DBP mène à des profils dose-réponses différents selon les traits d'histoire de vie mesurés. L'exposition dès le début du développement embryonnaire a entraîné des impacts inattendus sur la survie. La relation doseréponse observée est non monotone, avec une mortalité juvénile plus importante aux concentrations intermédiaires (100, 280 et 500 µg/L) qu'aux plus fortes concentrations (1000 et 2000 µg/L). Quant aux effets sur la croissance et la reproduction, les réponses des organismes présentent des relations dose-réponse monotones classiques. Ces données sont essentielles pour évaluer et modéliser les effets délétères potentiels du DBP sur les traits d'histoire de vie, la fitness des individus et la dynamique des populations de daphnies. Elles permettront également un ancrage phénotypique pour la caractérisation et la compréhension des effets temps- et dose-dépendants du DBP au niveau transcriptionnel, qui constitueront notre prochain objectif.