Vladimir Poutine manie des représentations géopolitiques qui font de la « Russie-Eurasie » l’archétype de la puissance continentale, engagée dans une confrontation avec les pays occidentaux, décrits comme des puissances marchandes et maritimes. Bref, la « nouvelle guerre froide » réitérerait le grand affrontement de la Terre et de la Mer, conformément aux théories géopolitiques de Mahan et Mackinder. A priori , ce système de pensée accorde peu de place à l’« océan mondial » dans la conception et la conduite de la grande stratégie russe. L’enjeu principal serait d’édifier une « forteresse eurasiatique ». Toutefois, les stratégies anti-accès en Baltique et en mer Noire ne sauraient occulter la volonté de Poutine de projeter puissance et influence au-delà des mers qui bordent la Russie-Eurasie, dans les « eaux bleues » (la haute mer). En cela, la composante navale de la grande stratégie russe met en évidence la dimension néosoviétique des conceptions et pratiques géopolitiques de Poutine.